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Dufumier - conférence - Partie 2/3

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« Vivons simplement pour que nous puissions simplement vivre », disait Ghandi. Nous sommes 6,8 milliards d’individus sur terre et nous serons plus de 9 milliards en 2050. Un milliard de personnes sont sous alimentées et le double est mal nourri. La pauvreté est la cause de la faim et de la mal nutrition. Comment nourrir la planète? A quel défi alimentaire mondial devons-nous faire face?

Il faut 200 kg de céréales pour nourrir un habitant par an pour obtenir les 2200 kg/calories utiles à tout être humain par jour (obtenus essentiellement par les sucres, l’amidon, les tubercules, le manioc…), Or, on produit sur terre actuellement 300 kg équivalent céréales par an et par personne. Il y a donc une surproduction de 100 kg servant soit à nourrir les animaux mangés essentiellement dan les pays du Nord ou à produire les agro carburants pour nos voitures. Cependant, du côté des agriculteurs du sud, il y a une réelle insuffisance de la productivité. Trois quart des pauvres mal nourris sont ces mêmes ruraux du sud. Et d’autres chiffres sont révélateurs du défi à relever. En effet, il existe 1,3 milliard d’exploitations agricoles dans le monde, 800 millions sont exclusivement manuelles, 500 millions disposent d’une traction animale et seulement 30 millions sont moto-mécanisées. « L’écart de productivité entre le petit agriculteur producteur de riz de Casamance et celui plus performant de Louisiane ou de Camargue est de 1 à 200. Le premier sème et récolte à la main du riz sur ½ hectare environ avec une productivité d’environ 1 tonne à l’ha. Pendant ce temps-là, le producteur camarguais, avec son outillage, son tracteur, ses engrais, cultive lui sur 100 ha avec une productivité de 5 tonnes par ha. Dans le sac de riz de Casamance il y a deux cent fois plus de travail que dans celui de Louisiane. Or, il se trouve que, sur le marché mondial, les deux sacs de riz vont se vendre à peu près au même prix. La compétition est extrêmement inégale. C’est comme si on opposait un coureur à pied et un pilote de Formule 1. Et ce sont les producteurs du Nord qui sont subventionnés, » explique Marc Dufumier, agronome et professeur à Agro Paris Tech.

Quelles solutions au défi ?

Pour nourrir le monde entier sans détruire la planète il faut faire en sorte que les gens au sud soient moins pauvres. « Il importe donc que les paysans du Sud puissent au plus vite dégager des revenus suffisants pour acheter davantage de nourriture ou, mieux encore, s’équiper et produire par eux-mêmes de quoi manger correctement. Les États du Tiers monde devraient donc avoir le droit de protéger leurs agriculteurs de la concurrence internationale et de leur garantir des prix rémunérateurs pour qu’ils puissent dégager des revenus suffisants, assurer le bien-être de leurs familles et investir dans l’acquisition de nouveaux moyens de production. Une telle liberté de choix passe tout d’abord par ce que la plupart des pays du « Nord » ont eux-mêmes entrepris avec succès au lendemain de la seconde guerre mondiale : protéger leurs agricultures vivrières par le biais de droits de douanes conséquents, » propose Marc Dufumier. Une solution politico-économique qui rejoindrait une batterie de solutions techniques au rang desquelles réconcilier l’agriculture et l’élevage. En effet poursuit l’agronome, « il existe d’ores et déjà des systèmes de culture et d’élevage, inspirés de l’agro-écologie, susceptibles d’accroître les productions à l’hectare, tant dans les pays du Sud que ceux du Nord, sans coût majeur en énergie fossile ni recours exagéré aux engrais de synthèse et produits phytosanitaires ». Il faut aussi recourir à l’association de diverses espèces et variétés rustiques dans un même champ, de façon à intercepter au mieux l’énergie lumineuse disponible et transformer celle-ci en calories alimentaires par le biais de la photosynthèse. Penser à intégrer des légumineuses dans les rotations de façon à utiliser l’azote de l’air pour la synthèse des protéines et la fertilisation des sols. Implanter ou maintenir des arbres d’ombrage ou de haies vives pour protéger les cultures des grands vents et héberger de nombreux insectes pollinisateurs sans oublier la fabrication de fumier pour une fertilisation organique des sols. Autant de solutions concrètes, simples et écologiques que s’accordent à marteler les spécialistes de la question et qui affirment enfin que l’avenir de l’agriculture aujourd’hui est une agriculture familiale. « Loin d’être passéiste, l’agriculture familiale constitue une réponse moderne au défi alimentaire mondial et à toutes les préoccupations contemporaines sur le devenir de la planète: de la déforestation au réchauffement climatique, en passant par la gestion de l’eau et du foncier, » expose Gérard Renouard, président d’Agriculteurs français et développement international. Est-ce un retour à l’âge de pierre ou à la lampe à huile ? Nullement, concluent les experts. Il s’agit juste d’optimiser, de revenir à un travail plus savant, plus artisanal et plus soigné qu’une agriculture moderne destructrice de l’environnement.


 Janvier 2010

 

 



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CV de l'intervenant

CV de l'intervenant

Dufumier Marc

Marc Dufumier agronome et spécialiste du développement est professeur à Agro Paris Tech, Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement. Il est titulaire de la Chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à l’Institut national agronomique Paris-Grignon, membre du conseil d’administration de l’Institut de recherches et d’applications des méthodes de développement (IRAM). Marc Dufumier représente la Fondation Nicolas Hulot dans le groupe « adopter des modes de...

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