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Qu'est-ce que le monde numérique ?

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Les dangers d'un monde qui court vers le tout numérique

 

A l'heure où l'informatique devient ubiquitaire, les bugs peuvent avoir des répercussions considérables. Peut-être le signe avant-coureur d'une domination de la machine sur l'homme...

Depuis la création des premiers ordinateurs dans les années 60, le développement de l'informatique suit un précepte fondamental : la loi de Moore. Edictée en 1965 puis réajustée en 1975, elle s'est révélée étonnement exacte jusque-là, prévoyant que le nombre de transistors présents dans un microprocesseur (le coeur de silicium de la machine) doublerait tous les deux ans. Aujourd'hui, un circuit intégré de quelques millimètres carrés rassemble jusqu'à 2 milliards de transistors.

Les circuits intégrés ne se cantonnent plus à l'ordinateur. ils ont fleuri un peu partout. Les systèmes électroniques dérivés « permettent aux trains de mieux freîner, aux voitures de consommer moins ». Ils ont donc équipé les voitures, les trains, les avions, la médecine... qui ne peuvent plus être appréhendés indépendamment les uns des autres à l'heure où tout est en réseau. « Tout ça est lié, insiste Gérard Berry, professeur au collège de France, c'est le principe du monde numérique ». L'informatique devient donc ubiquitaire, avec bientôt « plus d'objets numériques que de gens »

Des plantages qui coûtent cher

 

Le système a sa faiblesse : le logiciel, qui permet de passer les ordres d'agir. Il est l'interface entre l'homme et la machine. Mal conçu ou mal pensé, il est à l'origine des bugs. Ces plantages prolifèrent, tenant compte que les programmes sont de plus en plus complexes, et sont souvent la cause de la plupart des attaques de pirates informatiques. Dans un monde à l'informatique ubiquitaire, « à petits bugs grandes conséquences, car il y a une forte sensiblité au micro changement », prévient Gérard Berry.

Les bugs ont des répercussions économiques considérables : Steve McConnell a comptabilisé que plusieurs bugs avaient coûté déjà 100 millions de dollars aux Etats-Unis. Un des cas les plus spectaculaires étant celui de la fusée européenne Arianne 501. Quelques minutes après son décollage, elle fut détruite à cause d'une erreur de guidage de l'ordinateur de bord embarqué. Coût de l'opération : près d'1 milliard de dollars.

Le scénario d'une paralysie à l'échelle mondiale, est encore « très improbable, au moins dans un premier temps, selon Daniel Kaplan, délégué général de la fondation Internet nouvelle génération. Si les défaillances se produisent, elles resteront certainement circonscrites à un réseau d'objets et d'applications limité. En revanche, ces systèmes se trouveront en prise directe avec le monde physique. En caricaturant, trois millions de PC infectés par un virus, c'est embêtant, trente pacemakers infectés, c'est dramatique ».

L'homme a-t-il encore la maîtrise de la machine ?

Les programmeurs travaillent énormément à l'éradication des bugs, en développant des programmes pour traquer les bugs de programmes qui traquent les bugs d'autres programmes, etc. Ces défaillances sont en effet « évitables » selon Gérard Berry, car elles sont l'oeuvre de l'humain. Pour cela, il faut d'abord que la société moderne cesse de tolérer leur existence.

Daniel Kaplan ne croit pas à la domination des machines et à des systèmes électroniques devenus complètement incontrôlables. Les utilisateurs « veulent également maîtriser davantage les choses, donc tout dispositif qui ne prendra pas cette dimension en compte n'aura aucun succès ». Il préfère parler de la domination implicite de la logique des processus : « On aura tellement bien réfléchi aux moyens d'optimiser les processus grâce à la technologie que le système ne tolérera plus l'exception, et donc l'innovation ».

Le tout numérique échappe déjà à ses utilisateurs selon l'éditeur spécialisé en informatique, Tim O'Reilly : « Quand on trace nos déplacements à partir de données recueillies par les opérateurs mobiles ou quand on fouille nos données à partir de transactions bancaires que nous réalisons, est-ce que cela tient encore de notre participation ? Or si nous participons, cela suppose que nous en soyons conscients, mais est-ce toujours le cas ? On a souvent tendance à appeler coopérations des formes qui n'en sont pas vraiment ».

Quand l'industrie ne suit plus

 

La maîtrise de l'informatique, passe aussi par la maîtrise des coûts. Et force est de constater que ces dernières années, le coût de fabrication des circuits intégrés s'est envolé. De plus en plus complexes, ils contraignent les industriels à investir de plus en plus, jusqu'à 25 milliards de dollars dans une usine. Une industriel lourde de l'infiniment petit, qui devient une spécialité asiatique avec ses limites : « Plus on continue à réduire la taille des microprocesseurs, plus il y a de fuites », prévient Gérard Berry. En clair, les nanotechnologies manquent de fiabilité. Elles sont de plus en plus sensibles à l'environnement extérieur (chaleur, contact) et exposées à des défaillances.

30% du budget de la recherche mondiale a beau être consacré aux Nouvelles technologies de l'information, conséquence de ces investissements de plus en plus lourds, certains préfèrent « la recherche incrémentale, (Ndlr, c'est à dire à l'amélioration des innovations existantes), plutôt que le développement de nouvelles innovations », constate Jeff Nolan, un investisseur de la Silicon Valley. Peut-être les prémices d'un ralentissement de l'ère numérique.

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CV de l'intervenant

CV de l'intervenant

Berry Gérard

Ancien élève de l'école polytechnique et du corps des mines, membre de l'académie des sciences depuis 2002, de l'académie des nouvelles technologies et de l'academia europaea, Gérard Berry a été chercheur à l'Ecole nationale supérieure des mines de Paris, de 1970 à 2000.

Sa contribution scientifique concerne le lambda calcul et la sémantique formelle des langages de programmation, la programmation parallèle et temps réel et la conception assistée par ordinateurs de circuits intégrés.

Il a...

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