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Médecine 2035 : les innovations deviennent réalité

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Le cancer dépisté en 10 minutes, une prothèse contrôlée comme une main normale, la première pilule pour homme… Que sera la médecine en 2035 ? La réponse peut paraître incertaine. Elle est cependant articulée aux progrès les plus fondamentaux des sciences du vivant et des progrès concomitants de la physique, de la chimie et de l’informatique. A partir d’informations validées par un comité constitué de grands scientifiques, trois journalistes, médecins de formation ont imaginé les innovations médicales à venir. En s’appuyant sur des techniques et des entreprises bien réelles.

Virage à droite, longue ligne droite, nouveau virage à droite puis à gauche, demi-tour, marche arrière… Confortablement installé dans sa chaise roulante, Franck enchaîne avec aisance les changements de direction, sans effleurer une seule fois les petits plots qui, au sol, délimitent le parcours. Pendant tout l’exercice, ses mains sont restées immobiles sur ses genoux. Aucune partie de son corps n’a bougé. Pour effectuer son parcours, il n’a touché aucun bouton, n’a actionné aucune manette. Franck est paralysé des quatre membres et c’est par la pensée qu’il peut piloter sa chaise roulante. Nous sommes en 2020. " Quand les travaux sur les interfaces cérébrales ont commencé au début du XXIè siècle, deux voies étaient envisageables pour détecter les signaux émis par un cerveau en activité : soit l’implantation de capteurs sous le crâne, soit le recours à des capteurs externes " explique Paul Benkimoun, co-auteur de Médecine : objectif 2035. Privilégiant la qualité du signal, les chercheurs américains, tel John Donoghue, fondateur de la start-up Cyberkinetics, se sont lancés dans le développement de microcapteurs implantables par voie chirurgicale. Pour des raisons essentiellement éthiques, mais aussi du moindre risque infectieux, les Européens ont quant à eux préféré un système d’électrodes externes. Démarré en 2004 dans le cadre d’un projet de la Commission européenne, MAIA a associé des chercheurs suisses, belges, italiens et finlandais. Dès 2007, un premier prototype de chaise roulante intelligente était au point. Par sécurité, les chercheurs l’avaient équipé de rayons lasers, afin d’éviter au véhicule et à son passager de percuter des obstacles en cas d’erreur de pilotage ou de défaillance du système. Le modèle était lent et peu réactif, mais ce premier succès avait réconforté de nombreuses personnes handicapées.

Des innovations portées par les entreprises

Imaginez un monde médical sans piqûre. La crainte de la douleur a, en effet, fréquemment transformé les injections de médicaments en une épreuve pour le patient, mais aussi pour le soignant qui doit effectuer le geste. Le patch de micro-injection pourrait ainsi remplacer seringue et aiguille, dès 2016. Dérivé de la technique des imprimantes à jet d’encre, ce patch " intelligent " permet la délivrance de plusieurs médicaments à des intervalles programmables et même, pour ceux de la dernière génération, en fonction des données biologiques instantanées du patient. Les ingénieurs de la compagnie Hewlett Packard (HP) sont à l’origine de ce procédé, commercialisé par la société irlandaise Crospon (www.crospon.com), créée en 2006. " Inédit dans l’industrie, ce patch cutané inventé par HP permet à Crospon d’offrir une superbe plate-forme de délivrance de médicament aux médecins et aux patients. Il nous tarde de travailler avec nos clients de l’industrie pharmaceutique pour mettre sur le marché cette solution innovante ", déclarait en 2007 John O’Dea, P-dg de la firme irlandaise.

Et si les médicaments étaient télécommandés grâce aux nanotechnologies ? C’est la thèse développée par le docteur Sandrine Cabut qui décrit comme suit le procédé envisageable dans 5 ans : " les médecins injectent directement dans la tumeur un liquide qui contient des nanoparticules d’oxyde de fer. Enveloppées dans une coque protéique, ces particules pénètrent à l’intérieur des cellules tumorales et y attendent tranquillement un signal pour agir. Ce signal, c’est la mise en contact d’un champ magnétique qui déclenche la vibration des particules métalliques à une température qui peut être contrôlée par les médecins. Selon le niveau atteint (entre 41° et 70°), les cellules cancéreuses sont rendues plus sensibles à d’autres traitements ou carrément réduites ". Ce scénario repose sur une thérapeutique, développée par la société allemande MagForce (www.magforce.de), et testée cliniquement à partir de 2003, d’abord chez des patients atteints de glioblastome (une redoutable tumeur maligne du cerveau), et dans des cas de cancers de la prostate. Amener le traitement au niveau de la cible puis l’activer secondairement, de l’extérieur, grâce à une " télécommande ", c’est aussi la stratégie que développe la firme américaine Nanospectra (www.nanospectra.com).

Un enjeu à la fois technologique et économique 

L’une des innovations techniques rapidement attendues par le monde scientifique est le " séquençage du génome pour 1 000 dollars ". Il consiste à établir l’ordre dans lequel se succèdent dans l’ensemble de notre ADN les quatre lettres A,C,T et G. Le texte écrit au moyen de cet alphabet est notre patrimoine génétique. Il contient l’information nécessaire à la survie et à la reproduction de notre organisme. Si les estimations du nombre de gènes ont été sérieusement révisées à la baisse (nous en compterions environ 20 000 et non 140 000 comme certains le pensaient), cela ne diminue pas la complexité du génome car il est composé de trois milliards de paires de bases. L’enjeu essentiel est à la fois technologique et économique : pour espérer voir un jour le séquençage faire partie des examens courants et servir de base à une médecine personnalisée, il faut que son coût diminue de manière spectaculaire et, pour cela, que les outils utilisés soient de plus en plus performants. En 2003, le coût total du séquençage du génome humain a été évalué à 3 milliards de dollars. En 2004, il en coûtait 10 millions pour séquencer un génome. Plusieurs sociétés de biotechnologie ont mis au point des machines capables de fournir une gigabase (soit un milliard de bases) par expérience, et à un coût nettement inférieur. C’est le cas de la firme 454, rachetée par Roche Diagnostic, d’Illumina (www.illumina.com) qui commercialise la Solexa ou encore d’Applied Biosystems (www.appliedbiosystems.com), qui propose le système Solid. Le séquençage complet d’un génome pourrait atteindre le coût de 1 000 dollars pour la fin 2011 si le jeu de la concurrence entre plusieurs firmes continue.

 

Des prototypes en 2009 qui laissent entrevoir les avancées du futur

Des puces sous-cutanées qui permettraient à la fois l’accès au dossier médical et la surveillance des paramètres vitaux révolutionneront la prise en charge médicale des patients. Ces puces, de la taille d’un grain de riz, implantées dans le bras, assureraient le suivi d’un certain nombre de maladies chroniques, ainsi que le dépistage précoce de leurs complications : accidents hypoglycémiques chez un diabétique, dégradation de la fonction respiratoire chez un bronchiteux chronique… Cette vision futuriste pourrait être atteinte en 2033. Les premiers prototypes, développés par la société Verichip (www.verichipcorp.com) sont rudimentaires mais permettent d’ores et déjà d’être utilisés par les médecins comme support d’identification et comme dossier médical basique. Concrètement, la puce nommée Verimed est un dispositif passif contenant un code de reconnaissance à 16 chiffres, et fonctionnant selon le principe de la RFID (Radio Frequency Identification). Mis au contact d’un appareil lecteur, le Verimed s’active et émet un signal de radiofréquence permettant l’identification du code à 16 chiffres, en quelque sorte la carte d’identité numérique de l’individu. Il suffit ensuite d’entrer le code dans une base de données sécurisée pour avoir accès à des renseignements médicaux concernant cette personne : groupe sanguin, allergies, antécédents médico-chirurgicaux, traitements… Malgré les bienfaits reconnus de ce système, Verichip a du mal à diffuser ses produits : fin 2006, quelques centaines de patients seulement s’étaient fait implanter une puce et, à peine une soixantaine d’hôpitaux s’étaient équipés des lecteurs/ scanners. Tout simplement parce qu’aux Etats-Unis comme en France, la population n’est pas prête à ce qu’elle considère avant tout comme un moyen de fichage.

 Juin 2009

 

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CV de l'intervenant

CV de l'intervenant

Benkimoun Paul

Paul Benkimoun, né en 1953, a été médecin avant de devenir journaliste. Il a débuté sa carrière dans un centre de Protection Maternelle Infantile à La Courneuve. En 1989, il rejoint la presse médicale. Il a notamment été rédacteur en chef d’Impact Médecin Hebdo avant de rejoindre la rubrique " Médecine " du quotidien Le Monde.

On lui doit Les Maladies d’aujourd’hui : de la maladie d’Alzheimer au sida (Librio , 2003) et Les Nouvelles Frontières de la santé :...

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Liens

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société allemande MagForce (http://www.magforce.de/)

société Verichip (http://www.verichipcorp.com/)