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L'évolution de la situation financière globale

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Crise financière : le capitalisme en question

15 septembre 2008 : la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers restera dans l’histoire économique mondiale comme le point de bascule vers un futur si incertain que le modèle même du capitalisme s’est retrouvé mis en cause. Pourtant, la crise financière couvait depuis longtemps.

 

Les origines de la crise


Depuis de nombreuses années, l’économie mondiale évolue dans un contexte qui se financiarise de plus en plus. Un afflux de liquidités venant des pétro-dollars puis d’économies émergentes dynamiques comme la Chine cherchent des placements. Les établissements financiers ont donc inventé une foule de produits tous plus sophistiqués les uns que les autres. Avantage : cette manne financière soutient les investissements économiques. Inconvénients : extraordinairement opaques, ces produits sont, on le découvre aujourd’hui, mal maîtrisés par les gestionnaires de fonds eux-mêmes. Alan Greenspan, le tout-puissant président de la Reserve Federal, de 1987 à 2006, farouche partisan de l’autorégulation des marchés, n’est pas favorable au contrôle de ces nouveaux produits. Un nombre croissant de transactions financières mondiales échappe ainsi aux contraintes que connaissent les banques de dépôts traditionnelles.
Parallèlement, la Réserve fédérale américaine maintient des taux extraordinairement bas après l’éclatement de la bulle internet (2000) et les attentats du 11 septembre 2001 afin de soutenir l’activité économique.

 

La crise des subprimes déclenche la chute


C’est dans ce contexte d’argent facile que vont naître les subprimes aux Etats-Unis. Ce type de crédit permettait aux personnes ne disposant pas de toutes les garanties nécessaires pour bénéficier d’un taux d’intérêt préférentiel (en anglais « prime rate ») d’obtenir quand même un prêt mais à un taux moins bon (« subprime ») afin de devenir propriétaire de leur logement.  Une hypothèque était prise sur le logement comme garantie en cas de défaut de paiement. Le produit « subprime » était quasiment sans risque dans le cas d’un marché immobilier en pleine expansion et en période de taux bas. En cas de défaut de paiement, le prêteur récupérait le bien et le revendait à son profit.
Pour répartir les risques, les prêteurs ont « titrisé » ces crédits. Au lieu d’être la propriété d’établissements financiers bien identifiés, les crédits subprimes se sont transformés en produits financiers qui se sont échangés partout dans le monde.
Mais, selon le vieil adage boursier, « les arbres ne montent pas au ciel ». Le marché immobilier s’est essoufflé. Pire, la hausse régulière des taux d’intérêt a mis les ménages américains qui s’étaient endettés à taux variables,  dans l’impossibilité de rembourser leurs échéances. De plus en plus de biens ont été saisis et mis sur le marché, accentuant la chute du marché immobilier. La crise commençait.

 

 La crise financière


Tous les établissements détenant des titres subprimes se retrouvent en difficulté. Le 18 juillet 2007, deux fonds d’investissement de la banque d’affaires américaine Bear Stearns s’effondrent. En septembre 2007, le Trésor britannique doit se porter garant des dépôts de Northern Rock, une banque spécialisée dans les crédits hypothécaires immobiliers et fragilisée par la crise des subprimes.
Les banques d’affaires américaines, bâties sur un modèle sans dépôt, sont menacées. Le 16 mars 2008, le gouvernement américain organise le sauvetage de Bear Stearns par JP Morgan. Le 7 septembre, les deux plus grands établissements de crédit immobilier américains Freddie Mac et Fannie Mae, dont les cours se sont effondrés en juillet passent sous la tutelle du gouvernement américain. Le 15 septembre, le gouvernement américain n’empêche pas la faillite de Lehman Brothers

 

La crise bancaire


La chute de ce fleuron de la finance mondiale crée un choc psychologique majeur dans les milieux boursiers et bancaires. Les banques ne se prêtent plus entre elles, chacune craignant que son débiteur, plombé par des créances pourries, ne plonge à son tour. Les banques conservent leurs avoirs pour assurer leur propre financement. En Europe, les établissements les plus touchés par la crise des subprimes sont sauvés in extremis par les gouvernements à l’image du groupe belgo-néerlandais Fortis ou du franco-belge Dexia. Les particuliers eux-mêmes craignent pour leurs avoirs. Le spectre de 1929 avec ses longues files d’épargnants voulant retirer en vain leurs économies aux guichets des banques, ressurgit.

 

La crise économique

Méfiantes entre elles, les banques opèrent un virage à 180° vis-à-vis de leurs clients. Après un certain laxisme sur les attributions de prêts, elles serrent la vis du crédit. Les entreprises les plus saines perdent leurs facilités de caisse. Les découverts des artisans doivent être comblés dans le mois. Les projets d’investissements sont suspendus. Les attributions de crédits immobiliers sont de plus en plus difficiles. 
Ce coup de frein brutal sur le crédit donne le coup de grâce à deux marchés en pleine déconfiture. L’immobilier, en mal d’acheteurs, affiche de fortes baisses de transactions. De nombreuses mises en chantiers sont annulées, pénalisant fortement les entreprises du bâtiment. Secouée par la hausse du prix de l’essence, le marché automobile, très lié lui aussi aux obtentions de crédit s’effondre. Les grands constructeurs américains sont en grande difficulté. En Europe, le chômage technique et les vacances forcées se multiplient dans les usines.

 

L’action des gouvernements et des banques centrales


Tirant les leçons de la crise de 1929 dont les conséquences ont été aggravées par une rigidité des gouvernants, voulant à tout prix laisser faire le marché, les gouvernements du monde entier et les banques centrales ont fait preuve de pragmatisme.
Régulièrement, la Réserve fédérale américaine et la BCE ont injecté des liquidités pour fluidifier les échanges interbancaires. Le gouvernement américain a même quasiment nationalisé le premier assureur mondial AIG.
Au plus fort de la crise, l’essentiel était de rassurer d’abord les épargnants pour éviter des retraits massifs mettant en péril les banques. Tout en rappelant les mécanismes officiels de garantie des dépôts (70 000 euros par personne) Nicolas Sarkozy a assuré que l’Etat ne laisserait pas les déposants perdre un centime. Le gouvernement allemand a accordé une garantie publique illimitée aux dépôts des particuliers.
En amont, les Etats et les banques centrales sont venus à la rescousse des établissements en difficulté, mettant fin en quelques semaines au dogme de la non-intervention étatique.
Enfin, différents plans de relance sont à l’étude alors que le chômage connaît une forte progression. Aux Etats-Unis, Barak Obama a annoncé un plan de 800 milliards de dollars censé créer près de 3,65 millions d’emplois grâce à des investissements massifs dans les infrastructures, l’éducation, la santé l’énergie. Après un premier plan à 32 milliards, jugé insuffisant, l’Allemagne vient de décider de nouvelles mesures pour 50 milliards d’euros. En France, le plan de relance proposé par Nicolas Sarkozy  en décembre d’un montant de 26 milliards d’euros,  comprend des investissements publics, un soutien aux trésoreries des entreprises et des mesures d’aide au secteur automobile.

 

L’avenir : sortie de crise et nouvelles règlementations


Le choc économique a été si violent que beaucoup d’incertitudes demeurent. « A-t-on vu toutes les pertes financières du secteur bancaire, s’interroge Emmanuel Salles, directeur général de Financière de la Cité. Quid des pertes des assureurs et de la situation des banques asiatiques ? L’inquiétude est aussi de mise pour les établissements de crédit à la consommation. On peut craindre aussi une crise de type subprimes dans les pays de l’Est où les ménages se sont endettés en euros ou en francs suisses pour avoir de bas taux d’intérêt ».
Alors que les chiffres de la récession s’accumulent et que l’économie réelle commence à flancher (faillite de Wollworth, Nortel , chacun y va de sa propre prévision. La Bourse,  elle offre peu d’espoir. Ce n’est qu’en 1954 que la bourse américaine avait retrouvé les cours de 1929 après avoir touché le fond en 1932
Le débat fait également rage sur l’avenir du capitalisme. En quelques mois, les doctrines de laisser-faire qui semblaient bien ancrées chez les gouvernements occidentaux ont été balayées pour un interventionnisme inattendu. Les voix des apôtres de la régulation sont désormais écoutées. Qu’en sera-t-il au niveau mondial ? En novembre, le rassemblement du G20, en pleine tourmente a réussi à aboutir à un plan de réflexion commun autour du renforcement de la transparence et de la responsabilité des opérateurs financiers, de l’application d’une saine régulation, de la promotion de l’intégrité des marchés financiers, du renforcement de la coopération internationale et des réforme des institutions financières internationales. Un groupe d’experts doit livrer ses pistes de réflexion le 31 mars 2009 à la veille du futur qui se déroulera à Londres le 2 avril.  

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CV de l'intervenant

CV de l'intervenant

Sales Emmanuel

Emmanuel Sales est Co-directeur général de Financière de la Cité, une société de gestion de portefeuille fondée sur l’investissement à long terme en actions et en obligations européennes, depuis 2005. Emmanuel Sales a commencé sa carrière dan l’enseignement. Rapidement, ce normalien, agrégé de philosophie s’est passionné pour la finance, notamment dans la gestion d’actifs chez Paribas. En 2000, il a participé à la création de la Française des placement. Travaillant pour des institutions, des...

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