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Esprit d'entreprendre : miser sur la génération Y !

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Les français n'ont pas la fibre entrepreuneuriale. En cause selon les experts, l'héritage de l'Etat providence et la peur du risque. Aujourd'hui, la tendance est à la création de sociétés coopératives, où le risque est partagé.

 

C'est le moteur indiscutable de la croissance économique et de l'emploi. Et ce n'est pas un hasard si la France affichait bien avant la crise, une croissance économique molle. Les français sont fâchés avec la création d'entreprise depuis toujours. En témoigne la densité entrepreuneuriale de la France, bien plus faible que celle de ses voisins espagnols, italiens et anglais. « En France, nous avons 3 millions d'entreprises, là où nous devrions logiquement en trouver quatre millions », explique ainsi François Hurel, père fondateur du statut de l'auto-entrepreuneur, dans une interview accordée au journal des Entreprises.

A l'origine de ce déficit : un cadre juridique strict  - voire contraignant - bien-sûr mais aussi et « surtout selon Alain Fayolle, expert en entrepreuneuriat et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, l'héritage de l'état providence. Notre société présente des spécificités culturelles qui rendent l'acte d'entreprendre paradoxal. Les discours convergent vers la nécessité d'entreprendre de différentes façons et dans toutes les situations, mais le passage à l'acte reste difficile en raison de cette culture de l'Etat providence, de la centralisation excessive, de l'élitisme scolaire, qui fait que l'on a l'impression d'avoir réussi sa vie à la fin de son cursus, à l'obtention du diplôme ».

 

 

La notion du risque en perdition

 

Cet héritage culturel spécifique a fait de la grande entreprise publique le modèle respectable, et du parcours sécurisé dans les grandes entreprises, la voie de l'excellence. Résultat, la notion de risque, base même de l'entrepreueneuriat, a disparu peu à peu. Dans une étude publiée il y a maintenant 10 ans pour le Ceras (Centre de recherches et d'action sociale), Jean-Pierre Worms dénonçait déjà l'habitude « prise d'un risque économique sinon assumé directement, garanti par l'Etat. Pour ses partenaires financiers, et notamment bancaires, investir dans l'entreprise impliquait de rechercher d'abord la protection d'une garantie publique (...).  On a forgé une culture financière chez nos investisseurs institutionnels et, particulièrement dans notre appareil bancaire, à l'opposé du risque économique évalué et assumé en toute responsabilité ».

Par peur, les français préfèrent donc entreprendre sans risque et se rabattre sur les structures qui le permettent : exemple avec les franchises. « Avec 95% des entreprises créées franchissant la barre fatidiques des 5 années d'existence, la franhise rassure », selon la fédération française de la franchise. Rassurant aussi, le statut de l'auto-entrepreuneur – 580 000 créations en 2009 – statut que le créateur occupe bien souvent en complément d'une autre activité.

De la SARL à 1 euro au staut de l'autoentrepreuneur, en passant bientôt par un nouveau statut juridique pour permettre aux indépendants d'affecter une part choisie de leur patrimoine à l'entreprise afin de limiter les risques... Les nouveaux statuts juridiques visent dans l'ensemùle à lever le premier des freins à la création : celui du risque du capital.

 

Peut-on entreprendre sans risque ?

 

Alors peut-on entreprendre sans risque ? La réponse est « non » pour Alain Fayolle. « On peut simplement limiter les risques, mais plus la mise de départ est grande, plus le risque est élevé », rappelle-t-il. Pour lui, les mesures d'incitation à la création ont eu pour effet pervers de développer l'entrepreuneuriat subi plutôt que l'entrepreuneuriat d'opportunité. « Ce sont aujourd'hui des gens qui faute de pouvoir trouver un emploi décident de créer leur entreprise parce qu'ils ne trouvent rien d'autre. Et on s'aperçoit que comme il n'y a pas de suivi, très vite ces entreprises sont confrontées aux réalités du marché. On est loin de l'entrepreuneuriat d'opportunité où les gens créaient leur entreprise parce qu'ils avaient un véritable projet et une passion ». Quant au bon plan de la franchise, « vous achetez l'absence de risque en payant plusieurs dizaines de milliers d'euros votre franchise », balaye-t-il d'un revers de main. A ses yeux, entreprendre « ça s'apprend. Et on ne donnera pas envie aux gens d'entreprendre en leur montrant des parcours de Bill Gates ou Steve Jobs qui paraissent inacessibles, mais plutôt en leur montrant des patrons ordinaires ».

 

Un nouveau modèle entrepreuneurial

 

Le salut de l'entrepreuneuriat tiendrait donc avant tout à l'image qu'il renvoie. Et l'image qui séduit actuellement, c'est celle de l'entrepreuneuriat solidaire ; un entrepreuneuriat doublé d'une finalité sociale, qui prend de plus en plus la forme de sociétés coopératives et de chantiers d'insertion. « L'entrepreuneuriat doit-il être avant tout créateur de richesses, ou pourvoyeur de justice sociale ?  s'interrogent les Echos . L'idée qui domine est qu'il faut faire converger les deux objectifs, l'économique et le sociétal. Mais sur ce point un clivage se dessine entre les pays développés et les autres, - entre le nord et le sud- les premiers voyant dans l'esprit entrepreuneurial le moyen de dynamiser l'activité, les seconds mettant l'accent sur le rôle social de l'entrepreuneur ».

Un rapport présenté fin 2009 au gouvernement proposait d'ailleurs plusieurs mesures en faveur des Scop afin notamment de faciliter le recours à ce régime juridique particulier. Pour Bruno Lebuhotel sur Lyon actu-eco.com, président de la Scop d'ingénierie Katene et du groupe Quadriplus issu du regroupement de dix coopératives d'ingénierie en bâtiment, aucun doute, cet autre modèle « fait ses preuves encore plus maintenant », du fait du débat suscité par la récession économique mondiale, « l'urgence écologique » et « le poids de la mondialisation ». Les sociétés coopératives assurent 12% du PIB français. Elles n'évitent pas une part de risque mais le risque y est partagé...

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CV de l'intervenant

CV de l'intervenant

Fayolle Alain

Docteur en sciences de gestion, Alain Fayolle est professeur et directeur du centre de recherches en  entrepreuneuriat de l'EMLyon. Membre du Cerag (Centre d'études et de recherches appliquées à la gestion), professeur visitant à HEC Montréal et à la Solvay business school de Bruxelles, il est expert auprès de l'OCDE depuis qu'il y a moins d'un an, il s'est vu confier une mission d'évaluation des politiques publiques du territoire de Berlin, en matière d'entrepreuneuriat, vis à vis des...

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