A l’échelle mondiale, l’eau est mal répartie. L’évolution des modes de vie accroît les besoins et tend à faire de l’eau un bien qui se négocie comme n’importe quel autre objet.
Au niveau mondial, " l’ONU reconnaît le droit à avoir de l’eau potable pour vivre. Cependant, elle vient de confier l’état des lieux à un groupe de travail où les plus grands prédateurs de l’industrie agroalimentaire mondiale sont présents.
Au niveau européen, la commission laisse une grande liberté aux agriculteurs, gros consommateurs avec l’irrigation des champs. Elle reconnaît par ailleurs que le suivi de la qualité de l’eau polluée par l’agriculture est insuffisant. En France, Les zones les plus vulnérables sont : le Nord, la Picardie, la Normandie et le sud-ouest.
Pour la gestion des eaux usées, les systèmes d’assainissement sont insuffisants en Allemagne, en Grande-Bretagne, en France et en Belgique. " Ces remarques sont énoncées en fonction des normes émises par l’Europe. " Mais, s’interroge Marie-Louise Benoit : a t-on besoin d’un tel niveau de qualité ?
La commission, Européenne, comme l’ONU succombe aux lobbies et part dans l’excès. Elle exige une qualité supérieure aux besoins car c’est un marché considérable. " La France y est leader mondial avec des sociétés qui recrutent …. Doit-on y voir l’application du principe " pollueur-payeur " leur garantissant ainsi un marché ? L’industrie est obligée de payer. L’agriculture n’a pas les mêmes obligations. Alors qu’en est-il de la La loi sur l’eau de 1992 ?
Au plan mondial se profilent de gigantesques marchés : assainissement, construction de barrages, désalinisation de l’eau de mer, hydroélectricité …
En France, des municipalités de toute tendance se posent mille et une questions sur la gestion de l’eau, sur sa remise en régie municipale.
En Picardie, le plus gros investissement actuel avec le canal Seine-Nord repose la question de l’eau comme moyen de transport.
C’est sûr, l’eau reste au coeur des aménagements les plus importants et des décisions politiques permanentes.
Dans un monde où la réserve en eau est répartie de façon inégale (Canada, Russie, bassin de l’Amazone et Afrique de l’est), la nappe phréatique exceptionnelle qui coule sous la Picardie est un véritable trésor.
De tous temps dans le département de la Somme par exemple, l’eau a fait partie de l’identité et de l’histoire. Elle fut autrefois barrage contre l’invasion, elle aujourd’hui paysage, source d’énergie, lieu de loisir, moyen de communication,…. Le département est bien irrigué sur un réseau de rivières et de marais en colonne vertébrale ou en arrête de poisson, sur un sol largement crayeux et donc perméable.
Atout de développement touristique futur dans la Haute Vallée de la Somme à l’est du département, l’eau est un atout majeur mieux connu avec la Baie de Somme.
Depuis le Moyen-Age, la qualité des rivières a assuré la richesse économique locale, concentré les ateliers (textile, teinture, meunerie…).
Il y a 50 ans, la zone industrielle nord d’Amiens s’est développée et peuplée d’usines à la recherche d’eau en quantité.
Depuis, les industriels ont tendance à limiter leur consommation, les secteurs les plus voraces ont investi pour rendre l’eau impeccable à la sortie de l’usine. Selon la Direction de l’Industrie, " les 50 entreprises les plus gourmandes (agro-industrie et papeterie) ont baissé leur consommation de 20%, elles restituent 80% de l’eau après traitement. "
La facilité d’accès à l’eau reste un des facteurs qui font choisir ou refuser une implantation.
Les récents parcs d’activité sont élaborés avec un souci de faible déperdition d’eau : infiltration sur la parcelle, fossés, bassin de rétention et de décantation …
Et pourtant, l’administration dans la Somme est extrêmement rigoureuse avec les industriels. Sa réputation a déjà favorisé des décisions d’implantations ailleurs… .
La tendance à la protection de l’environnement par rapport à l’industrie ne cesse de l’emporter. Par principe de précaution, des départements entiers risquent t-ils bientôt d’être entièrement classés inondables ou en risque d’inondation pour prévenir une crue " centenale " (une par siècle)…. ? alors qu’en même temps, rues, places et trottoirs - bref des villages entiers- sont imperméabilisés !
Y aurait-il deux poids, deux mesures ? Selon Marie-Louise Benoit, la situation mondiale est relativement similaire !
En France : 46% des PME affirment avoir réalisé des économies d’eau.
En Picardie : selon la Direction régionale de l’industrie et de l’environnement (DREAL) :
12% de l’eau est consommée par l’agriculture
35% par l’industrie.
La pollution aux nitrates d’origine agricole est stabilisée.
Forum mondial de l’eau, mars 2009, Istanbul (Turquie) :
79% des pluies tombent dans la mer.
70% de la consommation d’eau est liée à l’agriculture, 20% à l’industrie, 10% aux besoins domestiques.
47% des habitants dépendent d’un fleuve qui descend d’un glacier.
I milliard d’habitants n’a pas accès à l’eau potable.
Il faut 50 litres par personne par jour pour vivre correctement.
La population augmente plus vite dans les régions sans eau potable, comme l’Asie. En 2030, 48% des habitants de la planète vivront dans une zone mal alimentée en eau potable.
Juillet 2009
Erik Orsenna, membre de l’Académie française
Voyage effrayant et édifiant le long des cours d’eau, dans le monde. A propos du réchauffement climatique, de la fonte des glaciers, des relations privées et politiques autour de l’eau, des méfaits de la culture du maïs … Très agréable à lire, accessible, inattendu.
" L’histoire des matières premières, c’est un univers avec ses guerres, ses hommes, ses inventions ... l’Histoire s’incarne dans des personnages, des rencontres au cours des voyages … L’eau rassemble les hommes et elle est aussi source de conflits, en Israël/Palestine, au Bengla Desh … A Alger, avoir de l’eau est la grande peine, on ne sait jamais quand on en aura. Au Maroc, avec un système simple de moteur de récupe, de nouveaux champs sont irrigués au goutte à goutte …
La seule denrée rare sur la terre, c’est la terre arable. Pas l’eau. "
: " L’avenir de l’eau, petit précis de mondialisation ", édition Fayard 2008.
Marc Laimé, journaliste d’investigation spécialisé. Collabore au Monde diplomatique.
" Le marché de l’eau dans les dix ans : un gigantesque théâtre d’ombre ; manoeuvres, annonces, faux semblants = un polar qui va nous occuper un moment ! "
Enseignante en économie et en Droit au lycée de Rumilly en Haute-Savoie, membre du comité d’organisation du Forum alternatif mondial sur l’eau, de l’Institut européen de recherche sur la politique de l’eau, membre du mouvement ATTAC. A réalisé un film " eau delà des frontières " sur la situation comparée de l’eau en Haute-Savoie et à Pondichéry (Inde).
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